BioFermTech : dérisquer l'adoption de bio-intrants en grandes cultures
12 octobre 2026Accompagnée par le Farm’InnLab d’AgroParisTech, BioFerm’Tech développe une solution de production décentralisée de bio-intrants microbiens inspirée du modèle brésilien On-Farm. Après des travaux menés avec l’INRAE, l’entreprise a obtenu des premiers résultats prometteurs au champ et franchi une étape clé vers la commercialisation en Belgique.
BioFerm’Tech : produire les bio-intrants au plus près des cultures
Accompagnée par le Farm’InnLab d’AgroParisTech, BioFerm’Tech développe une plateforme de production décentralisée de bio-intrants microbiens. Son objectif est simple : permettre aux agriculteurs d’accéder à des solutions biologiques efficaces à un coût compatible avec les bénéfices agronomiques observés sur le terrain.
Pour y parvenir, l’entreprise s’appuie sur un modèle original consistant à produire les micro-organismes directement à proximité de leur lieu d’utilisation. Cette approche permet de réduire fortement les coûts liés à la fabrication, au transport et au stockage, tout en conservant la qualité biologique des micro-organismes.
Une approche inspirée du modèle brésilien
L’origine de cette innovation se trouve au Brésil, où des agriculteurs ont commencé il y a une dizaine d’années à multiplier eux-mêmes certains micro-organismes afin de les utiliser immédiatement sur leurs exploitations.
Ce modèle, connu sous le nom de « On-Farm », évite les étapes de formulation nécessaires aux circuits de distribution classiques. Ces opérations, qui visent à stabiliser les micro-organismes pour leur commercialisation, représentent une part importante des coûts de production et peuvent réduire leur viabilité.
Au Brésil, cette approche a connu un développement rapide et couvre aujourd’hui plusieurs millions d’hectares. Elle a permis l’intégration à grande échelle de solutions microbiologiques dans les itinéraires techniques de nombreuses cultures, démontrant le potentiel d’un modèle de production décentralisé.
Adapter le modèle aux conditions européennes
Depuis 2024, BioFerm’Tech travaille à adapter cette approche au contexte européen. L’entreprise a développé un module de production standardisé capable de répondre aux contraintes de dimensionnement, de réglementation et de climat rencontrées dans les exploitations agricoles européennes.
En parallèle, la startup construit un portefeuille de micro-organismes grâce à des collaborations avec des laboratoires publics et privés. L’objectif est de proposer progressivement différentes souches répondant à des besoins agronomiques variés.
Deux souches prometteuses issues de travaux de recherche avec l’INRAE
Les premiers travaux de R&D ont porté sur l’évaluation de plusieurs micro-organismes issus de collections de l’INRAE. Des essais en serre menés sur blé et colza avec l’UMR Agroécologie de Dijon ont permis d’identifier deux souches particulièrement intéressantes :
- Bacillus subtilis CFBP491, est étudiée pour sa capacité à améliorer la disponibilité du phosphore dans le sol.
- Sinorhizobium meliloti 2011, est connue pour sa capacité à fixer l’azote sur luzerne et pour son action stimulante sur le développement racinaire grâce à la production d’auxines.
Premiers résultats observés au champ
Au printemps 2026, BioFerm’Tech a conduit ses premiers essais en micro-parcelles sur orge de printemps, pomme de terre et betterave afin d’évaluer le potentiel agronomique de ses deux souches sélectionnées.
| Culture | Système | Localisation | Mode d’application |
|---|---|---|---|
| Orge de printemps (Allegro) | Biologique | Châlons en Champagne (51) | Traitement de semence |
| Pomme de terre (Innovator) | Conventionnel irrigué | Marigny (51) | Pulvérisation dans le sillon |
| Betterave (Ovalie Desprez) | Conventionnel | Fieulaine (02) | Pulvérisation dans le sillon |
En orge de printemps, les modalités inoculées ont montré un gain moyen de rendement d’environ 4 % par rapport au témoin non inoculé. Selon les hypothèses économiques de l’entreprise, ce gain pourrait générer un revenu supplémentaire de 20 à 35 €/ha pour un coût d’application compris entre 7 et 14 €/ha. Ces résultats apportent une première validation du modèle économique porté par BioFerm’Tech.
En pomme de terre, des tendances similaires ont été observées pour Sinorhizobium meliloti 2011, tandis que les résultats obtenus avec Bacillus subtilis CFBP491 nécessitent des investigations complémentaires sur les modalités d’application.
Ces essais constituent néanmoins une première étape. Leur répétition dans différentes conditions de culture sera nécessaire pour confirmer la significativité et la robustesse des résultats observés.
Premières étapes vers la commercialisation
En septembre 2026, BioFerm’Tech a obtenu en Belgique une première autorisation de mise sur le marché pour Bacillus subtilis CFBP491. Cette étape marque une avancée importante pour l’entreprise puisqu’elle valide la conformité de son procédé de production.
L’obtention de cette autorisation ouvre désormais la voie à des expérimentations à l’échelle des exploitations et au déploiement des premiers modules de production. Les premières inoculations sont prévues dès l’automne 2026, avec une installation opérationnelle annoncée dans la Biofabrique de Walhain en 2027.
David Verstraete, responsable de la BiofabriqueLe projet BioFerm’Tech nous permet de fiabiliser la production de bio-intrants et donc de nous approvisionner localement en alternatives accessibles et adaptées à nos besoins.