Nomos : raffiner et concentrer les digestats de méthanisation
12 octobre 2026Face aux pertes d’azote observées et aux charges liées à l’épandage des digestats, Nomos développe un procédé biologique capable de stabiliser l’azote et d’améliorer l’efficacité fertilisante et de concentrer le digestat liquide. Après plusieurs années de développement, la technologie entre désormais dans une phase d’expérimentation agronomique à plus grande échelle.
La méthanisation, une filière en plein développement
En plein essor depuis plusieurs décennies, la méthanisation agricole s’impose aujourd’hui comme un levier majeur de production d’énergie renouvelable dans les exploitations. En valorisant effluents d’élevage, résidus de cultures ou encore coproduits agricoles, les méthaniseurs produisent du biogaz, mais également un coproduit riche en éléments fertilisants : le digestat.
Largement sollicité pour la fertilisation des cultures, ce dernier constitue une source d’azote précieuse et est considéré comme le nouvel or noir pour les exploitants. Toutefois, une fois épandu une partie importante de l’azote ammoniacal qu’il contient peut être volatilisée dans l’atmosphère. Ce phénomène représente à la fois une perte de l’efficacité fertilisante du digestat, et un enjeu environnemental lié à la qualité de l’air. Enfin, composé à 99% d’eau, il représente un coût de transport assez important.
Raffiner le digestat : Stabiliser l’azote et concentrer les nutriments
La jeune entreprise Nomos se concentre sur ces thématiques et développe un procédé visant à traiter les digestats liquides directement au sein des unités de méthanisation, en aval du séparateur de phase. Il permettra aux exploitants de réduire les charges liées au transport du digestat, mais également de réduire la consommation d’intrant fertilisant minéral.
Le séparateur de phase est un équipement qui permet de scinder le digestat brut fraîchement extrait du méthaniseur en deux fractions distinctes : un digestat solide, riche en fibres et en matière organique, et un digestat liquide, très aqueux mais concentré en éléments fertilisants.
La technologie mise au point par Nomos repose sur un procédé biologique peu énergivore. Celui-ci permet de transformer l’azote présent dans le digestat liquide afin de le rendre moins sensible aux phénomènes de volatilisation. Une étape de filtration vient ensuite éliminer différents éléments indésirables tels que les matières en suspension, plastiques, certains résidus ainsi que les agents pathogènes.
Le produit obtenu se distingue du digestat liquide conventionnel par une concentration en éléments fertilisants plus importante, une quasi-absence d’odeur, une stabilité au stockage et une absence de pathogènes. Ces atouts permettent d’envisager un retour sur investissement du procédé (en économie d’engrais et de transports du digestat en moins de dix ans)
Une technologie qui monte en échelle
Depuis sa création, Nomos a progressivement fait évoluer sa technologie. Les premiers travaux au sein de l’Institut Européen des Membranes reposaient sur un prototype capable de traiter seulement 20 litres de digestat. Aujourd’hui, l’entreprise dispose d’un prototype de cinquième génération dont la capacité atteint 100 litres.
Ces changements d’échelle successifs permettent non seulement de valider le fonctionnement du procédé dans des conditions de plus en plus proches du terrain, mais également de produire suffisamment de digestat raffiné pour conduire des essais agronomiques.
Vers les premières expérimentations agronomiques
Les premières évaluations agronomiques ont été lancées dès 2024 en partenariat avec le CNRS. Ces travaux visaient à vérifier l’impact du raffinage sur les performances fertilisantes du digestat. Des essais réalisés sur ray-grass, après semis, ont mis en évidence une amélioration de 60% du pouvoir fertilisant et des rendements face au digestat liquide brut (efficacité similaire à l’ammo-nitrate).
Au cours de la campagne 2025-2026, les expérimentations se sont poursuivies en micro-parcelles de grandes cultures :
| Culture | Localisation | Application |
|---|---|---|
| Blé | Aspach-le-bas (68) | Début montaison |
| Maïs ensilage et grain | Gaudiempré (62) | 6 feuilles |
Bien que les récoltes ont déjà été réalisés, hormis la plateforme de maïs grain, à ce stade l’ensemble des analyses ne sont pas finalisés, ne laissant pas encore la possibilité de statuer sur la performance du digestat raffiné sur ces essais.
Cap sur les prochaines campagnes et sur la montée en échelle
Une nouvelle campagne d’essais sur colza dans le Pas-de-Calais en post-semis a déjà été engagée et de nouvelles expérimentations en grandes cultures sont en préparation pour la campagne 2026-2027.
L’objectif est désormais de préparer le passage vers des démonstrateurs à l’échelle agricole. Un premier pilote devrait voir le jour en exploitation en 2027, avec une capacité de traitement d’environ 1 000 m³ de digestat par an. À plus long terme, Nomos vise une première installation industrielle capable de traiter entre 10 000 et 20 000 m³ de digestat annuellement au sein d’une unité de méthanisation.
Pour ces prochaines étape, Nomos est en recherche active de partenaires méthaniseurs pour poursuivre les essais et évaluer les performances technico-économiques du procédé en conditions réelles.